Ce texte s’adresse à vous, chères personnes qui tentez tant bien que mal de prendre soin de vos plantes, mais qui, à votre plus grand malheur, les faites périr.
Vous qui vous laissez tenter par les jolis plants à l’entrée de l’épicerie et aux quatre coins des quincailleries, vous qui réussissez à vous convaincre, à chaque fois, que vous serez en mesure de les faire vivre.
Cette plante-ci, ce sera la bonne. Ce sera différent des autres fois. À ce moment-là, vous vous dites que vous saurez prendre soin d’elle, qu’après tout, un peu de soleil et un peu d’eau devraient suffire.
Devant cette illusion que vous construisez, celle où vous êtes convaincus.es que vous avez changé…. La conviction même que, par votre volonté et votre bon sens, vous ne ferez qu’un avec la nature, et par ce sentiment, vous vous sentez devenir la future mère Teresa des plantes.
C’est à ce moment que vous oubliez les 22 plantes précédentes. Celles qui sont mortes pour des raisons qui vous sont étrangères. Par manque d’eau, manque de nutriments, manque d’ensoleillement, manque d’ombre, manque de bruine, manque d’espace, manque de je ne sais quoi. Vous qui espérez qu’elles ne soient pas mortes de manque d’amour.
Vous vous rendez compte soudainement, lorsque vous vous apprêtez à prendre ce nouveau plant, que les feuilles se courbent, que les racines se crispent. La plante vous fixe de ses feuilles en santé et vous voyez défiler à travers ses tiges leur peur de se voir brunir. C’est là que vous réalisez l’étendue de votre réputation : même les plantes chez Rona ont entendu parler de vous.
C’est un moment triste et déconcertant. Hélas. Vous les entendez chuchoter « C’est elle, la tueuse de plantes en série! »
Le diagnostic est tombé.
Au secours, je suis une tueuse de plantes en série!
Sur le chemin du retour, à travers les rangées de vis et de Gyproc, vous vous apitoyez sur votre sort, allant même jusqu’à extrapoler votre incapacité à prendre soin d’une plante à votre incapacité de prendre soin de tout être vivant.
Quand l’espoir semble perdu, vous passez à côté d’un joli plant de lavande. Il ne réagit pas comme les autres plants, ses feuilles tombent doucement de part et d’autre du pot. Visiblement, il s’agit d’une plante très courageuse, qui n’a pas peur de vous (ou d’une plante naïve qui n’a pas entendu parler de vous?). C’est comme si elle vous tendait la main. Ça ne vous en prend pas davantage pour vous convaincre que celle-ci sera la bonne. Un plant de lavande, à quel point ça peut être difficile à entretenir?
Vous la prenez sous votre aile, l’apportez chez vous. Vous commencez à lire un peu sur la façon d’entretenir de la lavande en pot, pour vous rendre compte que ça prend plus que de l’eau et du soleil… Oups.
Mais vous vous efforcez d’en prendre soin, de lui donner tout ce dont elle a besoin. Et c’est comme si elle faisait elle aussi des efforts, comme pour vous encourager.
Les jours passent et elle commence à fleurir. C’est le miracle de la vie.
Toute cette histoire, en fait, pour vous témoigner que l’on peut se réinventer, qu’il s’agit en fait de persévérer et de trouver la bonne plante.
À vous tous et toutes, sachez qu’il y a de l’espoir, même pour les âmes vertes que l’on croyait perdues.
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