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À La Fabrique, on en mange du théâtre. On en reprend, on s’en gave, mais il reste néanmoins des restants (des billets qui ne se vendent pas). Et à l’orée de la présentation du Carrefour international de théâtre, on a peur que les plats concoctés avec adresse et finesse soient gaspillés. On se donne donc aujourd’hui le mandat de raviver la faim des troupes et, surtout, de rassurer les dédaigneux du théâtre. Dans le fond, le théâtre c’est comme une poutine pour un étranger. On n’est pas sûr de la recette jusqu’à ce qu’on s’en délecte au point de se pourlécher les babines des petits puits de sauce restés au fond de l’assiette.
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1ère allergie : Le théâtre, c’est snob!
On a tous déjà vu ou entendu parler d’une pièce complètement incompréhensible, beaucoup trop hermétique, pas accessible du tout. On s’entend qu’il faut avoir les papilles fines en s’il-vous-plaît pour pouvoir déguster ce genre de bouffe. Heureusement, il en va du théâtre comme des autres arts; certaines œuvres visent des publics différents. Le théâtre peut être comique ou dramatique, symbolique ou réaliste, lourd ou léger. Les chefs-d’œuvre réussissent à saupoudrer juste ce qu’il faut de chaque épice. Il suffit de bien regarder le menu.
2e allergie : Pas capable d’être assis 2 heures sans bouger, sans interaction!
D’entrée de jeu, je vous conseille les recettes avant-gardistes, plus expérimentales, qui bousculent les barrières qui séparent spectacle et spectateurs. Le théâtre, ça évolue, ça tente des choses, ça improvise parfois. Quant à la cuisine traditionnelle, j’aimerais la défendre également. Être spectateur, ce n’est jamais être passif. Digérer le théâtre, c’est décoder les messages qui nous sont présentés, c’est interpréter, c’est juger. À mi-chemin entre le divertissement et la quête de sens, celui qui déguste le théâtre trouve son plaisir en épluchant les saveurs, sans pour autant perdre la pure jouissance de s’en mettre plein la gueule. Et, surtout, un repas est toujours meilleur lorsque partagé et commenté. C’est le principe de la culture.
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3e allergie : le cinéma est moins cher
Pourquoi va-t-on voir des shows encore, même s’il y a des albums? Pourquoi va-t-on voir des événements sportifs, lorsque, du confort de notre salon, on a accès à la rediffusion? Pourquoi va-t-on au resto, au lieu de se faire livrer le tout? C’est difficile à définir, mais il y a quelque chose dans le « live », dans le « sur place », qui est indépassable. Aller au resto, c’est prendre la chance que l’ambiance soit kitsch, que la recette soit ratée par le cuisto, que le service soit ordinaire. Tout se joue sur le moment présent, et la possibilité d’être déçu est en même temps la possibilité d’être surpris, charmé. L’acteur va-t-il nous faire sentir le drame ou bégayera-t-il lamentablement? Voilà un peu la tension dramatique que l’on ne retrouvera jamais dans son salon, ni dans un cinéma où l’on nous sert des aliments surgelés/enregistrés et réchauffés pour l’occasion. Évidemment, un film, en tant qu’enregistrement, est comme une pizza à l’épicerie, il s’en vend à l’infini. Le petit 10 $ de plus à payer pour le resto, c’est le même prix pour goûter à la magie et au mystère du théâtre.
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4e allergie : le théâtre, un art dépassé?
Vous savez, quand on nous ressert des tragédies grecques de nos jours, ce n’est jamais sans les adapter. Le monde d’aujourd’hui a ouvert ses frontières et le théâtre d’ici est sensible aux aliments exotiques, aux saveurs nouvelles, aux épices de partout. Loin de bouder la technologie, les créateurs savent concocter des pièces où les projecteurs, les enregistrements sonores et les effets d’éclairage ajoutent images, musiques et jeux de lumières aux talents des acteurs. On ne commencera pas à snober le batteur électrique par nostalgie pour le bon vieux fouet. Parlant d’innovation, le concept d’utiliser la ville en entier comme scène, tel que le fait le Carrefour avec son Où tu vas quand tu dors en marchant, c’est vraiment unique et su’a coche!
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Du 25 mai au 10 juin, paye-toi la traite et nourris-toi du Carrefour international du théâtre!