« Wow, t’es vraiment chanceuse, tu vas être en vacances pendant un an! »
Les mots sont sortis de sa bouche comme si je venais de lui annoncer que je partais à Bora-Bora. À 40 semaines de grossesse, je me souviens lui avoir souri poliment, parce qu’à vrai dire je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Pour plusieurs, j’étais celle qui allait profiter de l’été, se la couler douce au soleil un roman à la main et à vrai dire, j’y croyais un peu moi aussi.
J’ai eu la chance d’avoir une grossesse sans problèmes et d’être bien entourée. Un médecin disponible, un chum présent, des amies à l’écoute. Bref, j’ai passé les semaines précédant mon accouchement à me faire dire que j’étais donc belle, que je portais bien ça cinquante livres d’amour. Alors, quand je suis revenue de l’hôpital, pas capable de m’asseoir, habillée en mou, les cheveux sales et en pleine montée de lait, j’ai réalisé que même si bébé est le plus beau et le plus fin de l’univers, les prochains jours ne seraient pas une sinécure et encore moins des vacances. Évidemment, je ne tombais pas des nues puisqu’on m’avait avisée maintes fois « que ma vie allait changer ».
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Les premières semaines, l’amoureux était là pour me donner un coup de main. Et je dois dire qu’on était une bonne équipe. On se divisait les tâches, on se relayait pour les soins de junior. Malgré la fatigue, notre foyer était plongé dans un nuage d’amour et d’admiration pour notre garçon. On suintait d’admiration et de fierté. Puis, un jour, l’homme est reparti au travail et c’est là, un peu de vomi sur l’épaule au milieu de la pile de vaisselle et de linge, des graines de je ne sais quoi collées en dessous des pieds que j’ai senti mon cœur accélérer.
Avoir un enfant, c’est faire preuve de dévouement. En d’autres mots, c’est M. Nourrisson qui décide : quand tu dors, quand tu sors, quand tu pisses, quand tu manges. C’est un patron exigeant qui ne respecte pas les normes du travail. C’est difficile, voire impossible, de lui dire non. Je me lève plus tôt que lorsque je travaillais, boire mon café chaud est un fantasme et j’ai développé – avec regret ou fierté, je sais pas encore – un certain goût pour la bouffe frette. Bref, entre les boires, les exercices de plancher pelvien, le ménage, les comptines, mon couple, les rendez-vous et le chien, il ne me reste plus beaucoup de temps et d’énergie pour parfaire mon bronzage. Alors, la prochaine ou le prochain qui me dit que je suis en vacances, je lui refile les clés du jumelé pour quelques jours. Chats, chien, balayeuse et couches inclus.
Être maman, c’est un rôle merveilleux et exigeant qui vient avec beaucoup de pression, celle que l’on s’impose et celle que l’on reçoit. Puis, il y a cette culpabilité facile qui s’installe lorsqu’on prend soin de nous et ce sentiment d’ingratitude lorsqu’on avoue timidement que tout n’est pas parfait, qu’on est à boutte des nerfs, que des fois on sacrerait tout ça là. Comme si le fait d’exposer nos faiblesses et nos craintes allait faire de nous des mères moins aimantes, moins dignes, moins maternelles.
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Puis un matin, assise devant la télé en tentant d’allaiter (c’est pas parce que c’est naturel que ça se fait nécessairement tout seul!) j’en ai eu assez. Assez qu’on me montre des mamans parfaites qui ont retrouvé leur ventre plat quelques jours après leur accouchement. Assez des entrevues où l’on se gargarise que c’est donc toujours merveilleux la maternité. La vérité, c’est qu’à 3 heures du matin, vedette ou pas, ventre plat ou non, de la crotte sur les mains, tu vas en avoir et que toi aussi tu risques de lâcher un gros tabarn*c devant ton bébé pis feeler cheap après.
Mon fils, je l’aime de tout cœur. Je sacrifierais tout pour lui sans hésitation. Chaque jour cet amour grandit. C’est intense, c’est fusionnel, c’est pur et ça surprend, surtout pour quelqu’un qui, comme moi, croyait avoir zéro instinct maternel. Aujourd’hui, bébé a presque 3 mois et je pense avoir réussi mon training avec succès. Peut être pas avec la note parfaite, mais bébé n’exige pas la perfection. Il s’en fout de savoir que je porte encore mes jeans de maternité et que ma repousse est due depuis 2 mois. Il s’en fout de savoir que c’est le bordel dans la maison. Lui, il veut juste une maman qui l’aime et ça, jeans de maternité ou non, ventre plat ou non, je suis certaine de pouvoir lui offrir.
Alors, pour ceux que ça intéresse, non, je ne suis pas en vacances.
Je suis en amour, imparfaite et fière de l’être.
P.-S. : Je vous invite à découvrir le projet The Bodies of Mothers de la photographe Jade Beal. On y expose le corps de mères qui sont tout simplement magnifiques!
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