J’suis capable de survivre, d’aller faire mon épicerie, de payer mes factures. Mais Noël cogne à ma porte. Faudrait que j’aille m’acheter un beau kit, pis du spray net. Faudrait que je donne des cadeaux à ma famille et aux gens qui vont me recevoir pour souper.
Faudrait ben.
Mais j’ai pas les moyens.
J’ai pas ça, 300 $ de lousse à redonner.
Pis j’ai envie d’être égoïste.
J’ai envie d’être capable de payer mon loyer le 1er janvier. J’ai envie d’aller m’acheter une bouteille de vin pis du fromage entre Noël pis le jour de l’An. J’ai envie de pouvoir mettre du gaz dans mon auto pour aller te voir ma tante. Pas d’aller magasiner des heures, faire des files interminables, revenir chez nous et faire un emballage cadeau pour créer du suspense entre toi pis ta carte-cadeau. Dépenser des centaines de dollars pour te voir sourire, mais revenir chez moi et pleurer parce que tout ce que j’ai à souper le 26, ben c’est des toasts au beurre d’arachides.
Oui, je suis peut-être égoïste de garder l’argent qui me reste pour moi, oui je suis égoïste de penser que ma simple présence le 25 au soir va te rendre heureuse. Que mes blagues et mes histoires vont te faire plus rire qu’un kit pour prendre ton bain pis sentir le lait de chèvre.
Mais selon moi, ça devrait être ça le temps des Fêtes.
Pas le nombre de cadeaux qu’il va y avoir sous le sapin, mais les gens avec qui on va manger et boire pendant deux heures. Des gens qu’on aime, qu’on trouve beaux, drôles. Le temps des Fêtes, c’est ma face qui sent le mélange des parfums de tout le monde, mes joues qui piquent parce que mes oncles ont de la barbe, mes grasses matinées parce que je me suis couchée trop tard la veille, parce que j’ai trop eu de fun.
Le temps des Fêtes ne devraient pas rimer avec une carte de crédit pleine pis finir de payer ses cadeaux en mai. Ça devrait juste être Noël comme c’était avant que la surconsommation nous entraîne dans un cercle vicieux de contentement superficiel.
À minuit le 24, tu devrais juste avoir hâte que ta grand-mère sorte les saucisses dans le bacon pis les sandwiches pas de croûte jambon-moutarde jaune. Pas de passer 3 heures à déballer des cadeaux sans importance. On devrait avoir hâte aux souvenirs, aux rires, aux becs sur les joues (t’sais les becs joues contre joues). Aux games de dame de pique, au punch qui rougit tes joues, au sous-sol rempli de cousins-cousines qui se rencontre juste une fois par année.
Ces Noëls-là, n’ont pas besoin de cadeaux, de belles robes, de bas nylons qui déchirent, de talons hauts pas confortables. Ces Noëls-là ont juste besoin de plaisir.
Donc, non, cette année t’auras pas de gros cadeaux, peut-être seulement un pot de creton que j’ai fait pis 5-6 bonhommes en pain d’épices. Mais tu vas pouvoir me raconter ta vie, me voir heureuse et épanouie. Tu vas pouvoir écouter mon avenir pis m’entendre rire plus fort que tout le monde.
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