Le 28 juillet, je vais célébrer un anniversaire. Pas n’importe lequel, je vais célébrer la troisième année depuis ma tentative de suicide, c’est en fait une célébration de la vie. Chaque année depuis, je deviens un peu nostalgique. Je repense à ce moment intense et je regarde derrière moi et admire le chemin parcouru.
Un samedi ensoleillé de juillet 2013, un immense vide et un désespoir comme jamais je ne pensais vivre dans ma vie ont fait en sorte que je suis passée à l’acte. Je n’ai plus de souvenirs de comment je me suis rendue à l’hôpital, mais je m’y suis réveillée le dimanche matin. J’ose penser que c’est parce que la vie avait encore à m’offrir, que ce n’était pas mon heure. Ce matin-là, en me réveillant à l’urgence, la première pensée que j’ai eue était que je ne comprenais pas d’être encore en vie. Je devais, je voulais être morte. Même la mort n’avait pas voulu de moi. J’ai appelé ma petite sœur qui est venue me rejoindre dans un élan de panique. Elle ne comprenait pas ce qui se passait, j’en ai très peu de souvenirs sauf de ce jus en boîte partagé à la cafétéria, c’était une reconnexion avec la vie. Lorsque j’y repense, trois années plus tard, ce que je me souviens c’est de tout l’amour et l’inquiétude qu’il y avait dans son regard. Je me souviens m’être dit que je ne pouvais plus jamais lui faire vivre un tel drame, je n’en ai pas le droit.
Je pensais que la tentative allait être le fond et que je ne pouvais pas aller plus creux. C’était faux. J’ai éprouvé encore plus de détresse psychologique suite à ma tentative. Je cherchais ce petit quelque chose qui allait me redonner le goût de vivre, sans comprendre que ce quelque chose était en dedans de moi. Je devais apprendre à m’aimer. J’étais toujours aussi malheureuse, mais en plus, je ressentais de la honte. La honte d’avoir blessé, inquiéter…
Les jours et les mois qui ont suivi ma tentative ont été atroces et pour rien au monde je ne voudrais les revivre. C’était un éternel recommencement. Je ne sais pas combien de fois j’ai écouté le film Les Simpson. Ce film était devenu mon repère. Il m’empêchait de penser et pendant ces 87 minutes je trouvais presque la paix d’esprit.
Je ne sais pas quelle force a fait en sorte que j’ai toujours continué de me battre. Même dans les moments les plus difficiles, je gardais des rêves et des projets. Je voulais me battre. Je voulais guérir et combattre la santé mentale.
Pourquoi je te parle de cela aujourd’hui? Je désire que la santé mentale et le suicide ne soient plus des sujets qui provoquent de la honte. Il faut comprendre et cesser les jugements face à ce cancer de l’âme. Aussi, parce que je sais que ce n’est pas parce qu’il fait 35 degrés, que le soleil brille et que les terrasses sont pleines que la maladie mentale n’existe plus. Il y a des milliers de personnes qui vivent le vide chaque jour et qui ne voient plus la lumière. Et pour toutes ces personnes, il faut parler. Il faut rendre accessible la guérison de la santé mentale. Si quelqu’un a mal, il doit pouvoir l’exprimer et avoir une épaule qui le soutienne et qui lui permette de passer à travers.
Il y a toujours un intervenant disponible que ce soit à l’urgence ou au CLSC. Tu peux aussi te tourner vers le communautaire et te diriger vers le centre de prévention suicide ou bien la ligne d’intervention au 1-866 appelle où un intervenant est disponible 24h sur 24 et 7 jours sur 7.
N’utilise pas une solution permanente à un problème temporaire!
Je tiens à dire merci à tous ceux qui ont été là jour et nuit pendant cette période. Papa, maman, Marie-Anne, Marie, Audrey et Pierrot. Il n’y a pas de mots assez grands pour vous démontrer la reconnaissance que j’ai pour vous.
Source du titre : Loco Locass, Groove Grave